Parole d’évaluateur/trice – « Elargir ses horizons en matière d’évaluation »

Formatrice et évaluatrice chevronnée, Frances Ravensbergen est impliquée dans le milieu communautaire depuis plus de 35 ans, notamment au sein du Centre des organismes communautaires (le COco), dont elle est une des membres fondatrices. De retour de plusieurs jours de formation, avec successivement la Société canadienne de l’évaluation et Tamarack, elle est venue partager trucs, astuces et réflexions en matière d’évaluation.

# Il était une fois… un projet que nous souhaitons évaluer

« Lorsqu’on démarre un processus d’évaluation, on prend le temps comme évaluateur, avec l’appui de l’organisme, de rassembler l’ensemble des informations sur le programme à évaluer. A cette étape-ci, j’aimerais aller plus loin et travailler avec les groupes pour faire un court document qui relaterait l’histoire du programme qu’on va évaluer et ainsi être bien ancré dans la réalité. Plusieurs questions doivent être posées pour écrire cette histoire et revenir à l’origine du programme qu’on évalue : D’où vient ce projet ? A quels besoins vient-il répondre ? Ces besoins sont-ils toujours d’actualité ? A-t-il évolué dans le temps et pour quelles raisons ? Etc. L’idée est de créer un document qui décrit l’histoire du programme à évaluer pour ainsi nous encourager à la partager avec les participants, le conseil d’administration, les salariés et surtout le nouveau personnel qui arrive en poste. Parfois, dans certains groupes, je trouve qu’on oublie un peu notre histoire et cet outil permet de combler cet écueil. Ce travail reste pertinent pour l’organisation en tout temps, en plus de l’éclairage qu’il apporte au démarrage d’un processus d’évaluation. »

# Aller voir ce qui se fait ailleurs pour mieux repenser nos pratiques

« J’inviterais aussi les organisations, quand elles démarrent leur démarche d’évaluation, à avoir le réflexe d’aller voir ailleurs ce qui se fait en lien avec le projet ou le programme à évaluer. On peut, par exemple, aller s’informer au sein de son regroupement, auprès de sa table locale etc. L’idée, c’est d’alimenter notre comité de réflexion pour voir ce que d’autres groupes ont fait, les défis et difficultés rencontres, les apprentissages etc. Plus généralement, je veux inviter les organismes à lever la tête du guidon et à se laisser inspirer par d’autres organisations et d’autres façons de faire. Prendre un temps d’arrêt et regarder ce qui se fait autour de nous est toujours très inspirant ! »

# Évaluation et éthique

« La question de l’éthique mérite d’être abordée dans les prémisses d’une démarche d’évaluation. Il s’agit notamment de se poser la question suivante : quel est l’impact de ce que l’on est en train de faire sur les personnes auprès desquelles nous intervenons ? Par exemple, lors de la collecte de données, les participants vont-ils se sentir à l’aise ? Sont-ils informés du travail que nous faisons ? Comment les informations que l’on recueille auprès d’eux seront-elles utilisées ? Va-t-on demander des choses difficiles ? A-t-on un plan en place si les gens trouvent cela difficiles ? Plus généralement, il importe, selon moi, que les personnes soient « encadrées » dans la collecte d’informations et qu’elles savent comment cela va être utilisé ».

# Regarder ce qui ne se voit pas

« Souvent, au moment de l’évaluation, on regarde là où on est déjà en s’appuyant sur les éléments tangibles qui nous entourent. Pourtant, il est pertinent de ne pas juste regarder là où il y a de la lumière, mais aussi de s’attarder sur les zones d’ombres de notre projet. Prenons l’exemple d’une cuisine collective qui se veut mixte et qui pourtant n’attire qu’exclusivement des femmes, pour quelles raisons ? Rejoint-on tous les participants que nous souhaitons atteindre avec notre projet ? Sont-ils représentatifs de la communauté dans laquelle notre organisation réalise sa mission ? Qui sont ceux qui ont commencé le programme pour l’interrompre en cours de route ? En connait-on les raisons ? Etc. J’utilise très souvent cela avec les groupes : on est souvent concentré sur ce qu’il y a devant nous, mais il est aussi très intéressant de se questionner sur les « absents » des programmes menés et de travailler sur les raisons de ces absences ».

# Prendre le temps de diffuser les résultats de sa démarche d’évaluation

« Quand l’organisme arrive à l’étape de rédiger un rapport sur sa démarche et les résultats obtenus, le comité d’évaluation est souvent épuisé et se demande comment faire. Parfois, les organismes font des diaporamas, d’autres des rapports etc. Je pense, à cette étape-ci, que les organisations gagneraient tout à la fois à être créatives et succinctes. Le public (participants, administrateurs, bailleurs de fonds etc.) est attentif au visuel et il faut, selon moi, aller dans ce sens. L’infographie, par exemple, de plus en plus populaire dans nos médias généralistes, pourrait être utilisée pour rendre compte des faits et données saillants d’une démarche d’évaluation. Simplicité, originalité et la clarté ! ».

# Un dernier conseil pour les organisations lancées dans une démarche d’évaluation

« Aller jusqu’au bout du processus d’évaluation ! Cela prend du temps, oui, mais intégrer une approche évaluative dans nos pratiques, c’est très important, il faut que cela devienne une façon d’être, de travailler et de penser collectivement nos projets « .

 

Crédits photos : Jérémie Wach-Chastel (www.jwc-photos.com)

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