L’évaluation vue par…. Les Compagnons de Montréal

Les Compagnons de Montréal, organisme qui œuvre depuis plus de 50 ans à offrir des services aux personnes vivant avec une déficience intellectuelle et/ou un trouble du spectre autistique, nous a reçu afin de partager les fruits de son processus d’évaluation mené avec le Centre de formation populaire (le CFP). Entrevue avec Delphine Ragon, directrice générale par intérim de l’organisme.

Question (Q.) Quelle est la mission de votre organisme ?

Delphine Ragon, directrice générale par intérim (D.R.) : Notre mission est d’accompagner les personnes adultes vivant avec une déficience intellectuelle et ou vivant avec un trouble du spectre autistique. Nous avons également un volet service aux personnes démunis avec le comptoir alimentaire. Nos services sont très diversifiés, allant de l’hébergement aux loisirs en passant par la formation socioprofessionnelle, entre autre chose.

Q. Pourquoi les Compagnons ont-ils démarré en 2013 une démarche d’évaluation ?

D.R. Le point de départ de notre démarche a été une invitation de Centraide du grand Montréal, lancée aux organismes financés, d’aller à la rencontre du CFP pour suivre une formation sur l’évaluation intégrant le principe Par et Pour. Mesurer les retombées de nos interventions est aussi exigé par nos différents bailleurs de fonds. Si l’on veut avoir des données pertinentes, il importe de se doter d’un processus d’évaluation établi. On sait ce que l’on fait, on connaît les résultats, mais en parler d’une manière quantifiable et claire, c’est compliqué. C’est dans ce contexte qu’on s’est lancé dans l’aventure de l’évaluation.

« On sait ce que l’on fait, on connaît les résultats, mais en parler d’une manière quantifiable et claire, c’est compliqué. C’est dans ce contexte qu’on s’est lancé dans l’aventure de l’évaluation ». Delphine Ragon

Q. Qu’avez-vous évalué et pour quelles raisons ?

D.R. Au départ, nous étions rêveurs : on souhaitait faire une évaluation générale de nos services et l’arrimer avec une planification stratégique, tout cela dans la même année ! Finalement, en échangeant avec notre comité d’évaluation et les équipes, nous avons concentré nos efforts sur un service pour lequel nous avions des préoccupations de développement et de financement, à savoir F.R.I.P.

Q. Plus particulièrement, que vouliez-vous évaluer dans ce service ?

D.R. L’intention de notre démarche était de vérifier que le service atteignait l’objectif qu’on s’était fixé, à savoir faire de la formation socioprofessionnelle pour les personnes vivant avec une déficience intellectuelle et/ou un trouble du spectre autistique. F.R.I.P (le service de formation, récupération et initiation professionnelle), c’est une boutique : ce sont les participants qui opèrent dans le magasin et qui gèrent donc la caisse, le tri des vêtements, l’étiquetage, le service à la clientèle etc. Ils sont accompagnés par une bénévole à temps plein, une travailleuse au plancher et une coordonnatrice.

Q. Comment s’est déroulé le processus ?

D.R. Nous avons suivi la formation offerte par le CFP. Puis nous avons constitué un comité d’évaluation composé d’administrateurs, d’intervenants, de coordonnateurs, de bénévoles et de membres de la direction. Nous nous sommes progressivement outillés (modèle logique, plan d’évaluation, identification d’indicateurs) et nous avons démarré notre collecte de données comprenant de l’évaluation, des rencontres et des groupes de discussion.

Q. Quels ont été vos principaux constats ?

D.R. Au moment où nous avons commencé la démarche, les participants qui sont sur le plateau de travail nous étaient référés par le Centre de réadaptation de déficience intellectuelle (CRDI) avec un objectif qui était davantage de l’ordre de l’adaptation, de la réadaptation et non celui que nous souhaitions, à savoir offrir aux participants une formation socioprofessionnelle. L’évaluation est venue confirmer qu’il y avait un hiatus entre nos objectifs et ceux du CRDI, témoignages de participants à l’appui. Nombreux étaient ceux qui ne se projetaient pas dans un parcours d’employabilité. Par contre, nous avons constaté qu’il y avait un très fort sentiment d’appartenance à l’organisme de la part des participants.

Q. Face à ces constats, quelles actions avez-vous entreprises ?

D.R. Cela faisait longtemps qu’on disait qu’on voulait fermer le plateau de travail et développer cela autrement, notamment avec des participants sur des programmes de pré-employabilité, mais nous n’arrivions pas à faire le mouvement : c’est toujours difficile de dire on ferme un service. Finalement, nous avons fermé le plateau de travail et depuis le mois de mars 2015, nous recrutons les participants selon de nouveaux critères. Au regard de ces résultats, nous avons développé un projet de services qui définit de nouvelles pratiques d’accompagnement, des objectifs socioprofessionnels adaptés et des outils d’évaluation du cheminement des personnes. Nous avons désormais des participants qui sont vraiment dans un cheminement vers l’emploi et même pour ceux qui ne trouveront peut-être jamais d’emploi régulier, ils pourront aller vers d’autres milieux adaptés et se positionner dans un milieu de travail.

« Au regard de ces résultats, nous avons développé un projet de services qui définit de nouvelles pratiques d’accompagnement, des objectifs socioprofessionnels adaptés et des outils d’évaluation du cheminement des personnes. Nous avons désormais des participants qui sont vraiment dans un cheminement vers l’emploi ». Delphine Ragon

Q. Comme organisation, quelles leçons tirées vous de ce processus ?

D.R. Le processus d’évaluation est essentiel, mais exigeant : sur la distance nous avons eu beaucoup de mal à garder le comité d’évaluation actif. Cela se délite dans le temps : chacun a ses réalités professionnelles, les équipes bougent… Quand nous relancerons le processus d’évaluation, j’irai avec quelque chose de plus fonctionnel, de moins théoriquement parfait, mais qui permet que le processus soit porté collectivement. Sinon, l’évaluation s’est avérée être une formidable opportunité pour repenser favorablement notre intervention : nous sommes parvenus à faire un changement que nous n’arrivions pas à faire depuis deux ou trois ans. Aujourd’hui, nous avons un projet de service qui s’est construit avec des objectifs bien définis et des outils d’évaluation du cheminement des participants qui n’existaient pas de façon formelle auparavant. L’évaluation fait vraiment sens : cela nous fait travailler comme organisme sur des critères, des indicateurs etc.

« L’évaluation s’est avérée être une formidable opportunité pour repenser favorablement notre intervention : nous sommes parvenus à faire un changement que nous n’arrivions pas à faire depuis deux ou trois ans ». Delphine Ragon

Q. Si vous aviez un conseil à donner à un organisme prêt à se lancer ou en cours de processus ?

D.R. Ne pas se mettre de pression ! Le programme d’évaluation Par et Pour est un outil d’appui précieux pour les organisations ! Je dirai aussi qu’il faut se méfier de nos propres discours et de nos propres « réflexes communautaires » : on n’a pas le temps, c’est exigeant etc. Finalement, si on arrive à ancrer la démarche d’éval’ et ses outils, oui, cela prend du temps, mais c’est tellement structurant ! Enfin, ne restez pas seul ! Profitez des conseils de l’équipe du CFP qui est à l’écoute et en connaissance de ce qui se fait dans le milieu.

« Si on arrive à ancrer la démarche d’éval’ et ses outils, oui, cela prend du temps, mais c’est tellement structurant! » Delphine Ragon

(c) Les Compagnons de Montréal

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