Parole d’évaluateur/trice – « Comment favoriser l’émergence d’une culture de l’évaluation ? »

Le contenu du blogue EvalPop s’étoffe avec une nouvelle catégorie intitulée « Parole d’évaluateur/trice ». Nous donnons la parole à ceux et celles qui accompagnent, conseillent et forment les dizaines d’organismes communautaires impliqués dans une démarche d’évaluation. Ainsi, Marisabelle Bérubé, travailleure autonome, évaluatrice depuis 2004 de projets dans le milieu communautaire et consultante contractuelle auprès du Centre de formation populaire dans le cadre du projet EvalPop depuis 2012, prend la plume et nous partage quelques-uns des enseignements tirés de son parcours d’évaluatrice.

Favoriser l’émergence d’une culture d’évaluation

Comme consultante en évaluation, il arrive ponctuellement que des instances régionales ou des bailleurs de fonds me demandent : « Comment favoriser l’émergence d’une culture d’évaluation auprès des tables, groupes ou organismes que nous finançons ? » Jusqu’à récemment, je constatais que cela demande à la fois du temps, de l’accompagnement dans l’apprentissage des pratiques d’évaluation, une volonté de faire les choses autrement et la chance d’avoir connu quelques expériences positives en évaluation. En effet, j’ai observé qu’environ trois ou quatre ans peuvent se passer avant que les bénéficiaires de l’évaluation ne délaissent peu à peu leur attitude de « résistance passive» initiale et commencent à s’intéresser davantage à l’évaluation des résultats (et pas seulement à l’évaluation de la mise en œuvre ou de la satisfaction) ainsi qu’au processus d’évaluation comme tel. Progressivement, les organismes constatent les avantages de mesurer non seulement le déploiement de leurs activités mais les résultats de ces dernières sur la population qu’ils desservent. Généralement, lorsque ce mouvement s’est amorcé, les groupes veulent alors « aller plus loin » dans l’évaluation, motivés par un désir de faire mieux. À ce moment, leurs exigences à l’égard de l’accompagnement augmentent et le réflexe de recourir à des services d’évaluation, externe ou non, devient plus naturel.

« J’ai observé qu’environ trois ou quatre ans peuvent se passer avant que les bénéficiaires de l’évaluation ne délaissent peu à peu leur attitude de « résistance passive» initiale et commencent à s’intéresser davantage à l’évaluation des résultats (et pas seulement à l’évaluation de la mise en œuvre ou de la satisfaction) ainsi qu’au processus d’évaluation comme tel. »

L’amélioration continue des pratiques par l’évaluation Par et Pour

Les choses tendent à s’accélérer davantage avec l’introduction de l’approche d’évaluation Par et Pour le communautaire développée par le CFP, et parfois même à dépasser les attentes quant à sa pérennisation dans les pratiques du milieu communautaire. Dernièrement, une agréable surprise m’attendait lors d’une visite à la Rencontre Châteauguoise, organisme participant à un accompagnement collectif, sur la rive-sud de Montréal. L’organisme en question avait nouvellement appris la fonction du modèle logique et sa relation avec le plan d’évaluation. Le but de ma visite était de valider les dernières versions de leurs documents avec la directrice et la responsable de l’intervention. À mon grand étonnement, elles me remettent non pas un mais bien sept modèles logiques et autant de plans d’évaluation différents, soit un pour chaque secteur d’intervention de l’organisme !

« Dans ce milieu, l’élaboration d’un modèle logique est devenue un outil de concertation de l’équipe d’intervention, permettant à cette dernière de se doter d’une vision commune de son action et de ses stratégies d’accueil et d’approche de la population qu’elle dessert. »

En pleine démarche de réflexion stratégique et de virage organisationnel, la direction n’avait fait ni une, ni deux et demandé qu’un modèle logique ET un plan d’évaluation soient élaborés pour chacun des secteurs d’activité de leur mission. Ce faisant, c’est tout le mode de gestion de l’organisme qui s’est retrouvé imprégné de la logique d’évaluation, donnant une nouvelle erre d’aller à l’équipe d’intervention. Dans ce milieu, l’élaboration d’un modèle logique est devenue un outil de concertation de l’équipe d’intervention, permettant à cette dernière de se doter d’une vision commune de son action et de ses stratégies d’accueil et d’approche de la population qu’elle dessert. Impliquée dès le départ, l’équipe comprend mieux dès lors l’importance de récolter certaines informations, étant en mesure de comprendre le lien entre leur intervention, ces données et les résultats souhaités. À mes yeux d’évaluatrice, un tel déploiement correspond à la réalisation d’un rêve: un milieu où l’évaluation joue pleinement son rôle de contribution à l’amélioration continue des pratiques, au grand bénéfice des personnes en situation de vulnérabilité.

« À mes yeux d’évaluatrice, un tel déploiement correspond à la réalisation d’un rêve: un milieu où l’évaluation joue pleinement son rôle de contribution à l’amélioration continue des pratiques, au grand bénéfice des personnes en situation de vulnérabilité. »

L’accompagnement collectif, une formule d’apprentissage novatrice

Aussi, j’ai constaté que l’accompagnement collectif, comme mode de transfert de connaissances de la démarche d’évaluation, engendre d’autres retombées intéressantes. Bien sûr, la formule permet à ses participants de collectiviser des outils et de démultiplier simultanément l’expérience de l’évaluation. À titre d’exemple, lorsque les groupes se sont appropriés le vocabulaire requis pour constituer leur premier modèle logique et qu’enfin, ils en sont satisfaits, la présentation qu’ils en font au collectif lors de la rencontre suivante permet de constater la diversité des approches possibles en évaluation. Ainsi, ils expérimentent simultanément plusieurs processus d’évaluation en parallèle. En outre, les organismes réunis en collectif développent une meilleure connaissance mutuelle des missions des uns et des autres, favorisant l’émergence de collaborations ponctuelles et parfois, de partenariats durables.

« La formule (l’accompagnement collectif) permet à ses participants de collectiviser des outils et de démultiplier simultanément l’expérience de l’évaluation. »

De mon point de vue, le plus grand avantage de cette façon d’apprendre à évaluer, c’est qu’elle se déroule dans le plaisir, dans le respect des contraintes d’horaire et des échéanciers de tous les membres du collectif, ce qui est rendu possible en adaptant le calendrier de formation à la mise en application pratique des notions. Ainsi, les exercices portent sur les situations réelles que souhaitent évaluer les groupes et en ce sens, la formule est déjà utile. De plus, il est fréquent d’entendre les participants évoquer les activités qu’ils ont déjà l’intention d’évaluer l’année prochaine, indicateur s’il en est un de la capacité de l’implantation d’une réelle pratique de l’évaluation Par et Pour le communautaire. Pour une évaluatrice externe, c’est une grande satisfaction de pouvoir partager sa passion et de faire des adeptes.

« Il est fréquent d’entendre les participants évoquer les activités qu’ils ont déjà l’intention d’évaluer l’année prochaine, indicateur s’il en est un de la capacité de l’implantation d’une réelle pratique de l’évaluation Par et Pour le communautaire. »

Par Marisabelle S Bérubé
Consultante en évaluation

 

 

Image à la une : Thomas Edison, inventeur, pionnier de l’électricité

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