L’évaluation vue par…le Parrainage civique les Marroniers

Parole donnée à Elisabeth Doiron Gascon, directrice du Parrainage civique les Marronniers et du café Bistro Jarry 2ème. Leur mission ? Favoriser l’intégration sociale des personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle. Témoignage de leur démarche d’évaluation et ses répercussions.

L’organisme a démarré il y a deux ans un processus d’évaluation afin de déterminer l’impact de leurs actions.

Question (Q) : Si je te dis évaluation des résultats, plus concrètement, cela veut dire quoi pour votre organisation ?

Elisabeth Doiron Gascon (E.D.G) : Cela signifie mesurer l’impact de nos activités, de nos projets d’intervention, d’inclusion ou encore de participation citoyenne. C’est répondre aux questions : « Qu’est-ce que ça donne de faire du jumelage ? Qu’est-ce que ça donne de faire des cuisines collectives ? » etc. Pour nous, cette démarche d’évaluation, c’est regarder l’ensemble des moyens que nous utilisons pour atteindre notre mission d’intégration sociale. Amenée dans le cadre de notre entente avec Centraide du Grand Montréal, on a vu aussi cette démarche comme un levier pour l’organisation afin d’aller plus loin et de comprendre à quoi cela sert ce que l’on fait. De trouver un sens.

Q. : Comment définirais-tu l’évaluation ?

E.D.G. : Quand il est question d’éval’, je reviens souvent à la phrase d’Yvon Deschamps, « qu’ossa donne ? » en bon québécois. Notre mission, « qu’osse ça donne ? ».

Q. : Comment s’est déroulé le processus d’évaluation en tant que tel ?

E.D.G. : Tout d’abord, une collègue et moi nous sommes formées avec les 5 journées de formation proposées par le Centre de formation populaire (le CFP). Parallèlement, nous avons mis sur pied notre comité d’évaluation avec les membres du conseil d’administration et toute l’équipe de travail, mais aussi les bénévoles et les adultes vivant avec une déficience intellectuelle. Nous souhaitions aller chercher la parole de tous ceux qui gravitent autour et dans l’organisation et ainsi assurer une représentativité des membres. Puis, par la suite, on a bénéficié d’un accompagnement de Stéphanie.

A partir de là, nous avons décidé de nous pencher sur l’impact des jumelages dans la vie des parrains-marraines et des adultes qui vivent avec une déficience intellectuelle, à savoir les filleuls. Le jumelage c’est une relation d’entraide et d’amitié qui se vit à l’extérieur de l’organisme. C’est au cœur de la mission de l’organisme et on trouvait pertinent d’en faire l’évaluation. Est-ce que finalement cela brise l’isolement ? Est-ce que les gens sont plus autonomes ? Avec des questionnements comme point de départ, on a développé toute notre grille logique et notre plan d’évaluation.

Q. Justement, le modèle logique qui est un des outils important de la démarche, comment le définirais-tu ?

E.D.G. : Le modèle logique, c’est un portrait global de ce que fait l’organisation en essayant de voir quels sont les objectifs à long, moyen et court terme et ce, à travers différents moyens et activités que l’organisme développe. Une fois ce portrait établi, il importe de se donner des indicateurs qui vont nous permettre d’évaluer ces activités afin d’atteindre ces objectifs.

« Le modèle logique, c’est un portrait global de ce que fait l’organisation en essayant de voir quels sont les objectifs à long, moyen et court terme et ce, à travers différents moyens et activités que l’organisme développe. »

Q. Aurais-tu un exemple d’indicateur à me donner ?

E.D.G. : Si on prend l’objectif qui est de développer l’autonomie du filleul dans sa relation de jumelage, un indicateur ce serait par exemple de savoir si le filleul téléphone seul à son parrain ou marraine civique. C’est un indicateur qui va nous permettre d’évaluer si il téléphone seul, avec appui ou alors pas du tout. Donc c’est une unité de mesure pour notre objectif qui vise l’autonomie.

Q. : Une fois le modèle logique établi, vient le plan d’évaluation. Comment cela s’est passé pour vous ?
E.D.G. : A cette étape, l’accompagnement du CFP est primordial. Au départ, nous avions l’intention de tout évaluer, mais ce n’était pas réaliste. L’idée de ce processus d’évaluation avec le soutien du CFP, c’est de nous donner les outils pour ensuite développer une culture de l’évaluation dans notre organisation. A travers le modèle logique, on voit tout et là il faut cibler quelque chose en particulier à évaluer. Il faut alors se donner un plan pour déterminer ce qu’on va évaluer et avec quels outils, quelle méthode et quel échéancier. Le plan d’évaluation comprend ces différents éléments.

Q. Une fois le plan d’évaluation établi, comment poursuit-on la démarche ?

E.D.G. : Après cela, c’est vraiment le terrain. On élabore les outils pour la collecte de données. Puis on analyse les résultats amassés.

Q. : Quels ont été pour vous les résultats de cette évaluation ?

E.D.G. : Cela nous a permis de peaufiner l’idée que l’on se fait d’un jumelage et de préciser nos objectifs. Par exemple, est ce que cela brise l’isolement avec cette activité ? Non, mais cela fait un gros plus dans la vie des gens qui le vivent et ce pour telle ou telle raison. Par exemple, ils ont quelqu’un sur qui compter, ils font des nouvelles activités etc. Cette évaluation nous a permis de changer le vocabulaire qu’on utilise, mais aussi de peaufiner nos approches d’interventions. Plus généralement, l’évaluation permet d’établir un portrait plus juste et réaliste de nos interventions.

« Plus généralement, l’évaluation permet d’établir un portrait plus juste et réaliste de nos interventions. »

Q. Quels ont été les défis rencontrés ?

E.D.G. : Le temps. Cela prend du temps. Aussi, un autre défi de taille que nous connaissance en déficience intellectuelle c’est comment aller chercher la parole de ces personnes. Comment aller chercher la parole de gens à qui on ne l’a jamais donné? Cela a ses limites.

Q. : Plus généralement, quelles ont été les retombées de cette démarche d’évaluation pour votre organisme ?

E.D.G. : Pour l’organisation, ce qui a vraiment été très intéressant, c’était de faire cette démarche parallèlement à notre exercice de planification stratégique. Vraiment. Ces deux démarches ont été intégrées et pérennisées dans une structure de suivi des projets, de suivis des activités par le CA et par la gestion de la direction. Le fait d’avoir réalisé cette évaluation et de l’avoir intégré dans notre planification, cela a ancré quelque chose de plus durable.

Q. Aurais-tu des trucs et astuces à partager à nos lecteurs eux-mêmes en démarche d’évaluation ?

E.D.G. : Je dirai, ne pas être trop ambitieux. Il faut prendre un petit projet de l’organisation pour l’expérimenter. Prendre de petites bouchées, puis il faut s’obliger à prendre le temps de le faire. Cela demande du temps, de la réflexion et du recul. Tout ce dont on dispose peu. Plus généralement, je dirai qu’il faut faire de l’évaluation un réflexe dans la gouvernance

« Cela demande du temps, de la réflexion et du recul. »

Q. Un mot de la fin ?

E.D.G. : Nous avons été privilégiés comme organisation d’avoir vécu tout cela. Nous sommes souvent débordés, mais les retombées sont précieuses. Aussi, c’est une démarche qui nous a mis en lien avec beaucoup d’organisations que ce soit lors de la formation ou d’événements autour de l’évaluation. C’est ressourçant et énergisant.
Sinon, notre prochain sujet d’évaluation sera l’impact du café bistro sur la vie des parents des personnes que nous accompagnons. A suivre donc. Nous vous tiendrons informés !

 

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